Vaste problème dont je ne me suis préoccupée que bien tard...
Les éthiopiens sont courtois, souriants mais peu bavards. S'il ne faut pas avoir inventé l'eau chaude pour identifier un régime autoritaire, on peut vivre dans une dictature sans le savoir.
Certes, j'ai comblé mes lacunes mais à ma grande honte et dans un grand désarroi. Je vous livre ici quelques unes des découvertes de Bécassine en Abyssinie .-)
Human Rights Watch en Oromia
Visitez http://www.hcr.org et les pages par pays, c'est édifiant.
C'est pourtant dans l'indifférence générale, la mienne en particulier, que quelques jours avant les élections Human Rights Watch a publié un rapport sur la situation des Droits de l'Homme dans la région où je réside et bien d'autres documents sont en ligne.
Pour l'anecdote, il n'est pas si anecdotique que cela de signaler que faire suivre ce lien par mail vous vaut ici une réponse automatique du postmaster d'Ethiopian Telecom. Pour leur filtre anti-spam des expressions telles que "Droits de l'Homme" et "fraudes électorales" sont évidemment assimilables à des obcénités.
Le rapport intégral est heureusement consultable, en anglais, à l'adresse suivante : http://hrw.org/reports/2005/ethiopia0505/ mais je vous en livre quelques faits marquants.
- Un an avant les élections, le gouvernement a instauré en Oromia le système dit gott and garee pour renforcer son contrôle de la population rurale. Chaque garee leader contrôle une demi-douzaine de familles et rapporte les éventuelles dissidences au gott leader qui lui-même en réfère au kebele qui réfère à la woreda*... ad libidum. Un paysan qui n'assiterait pas assidûment aux réunions de propagande au bénéfice du gouvernement ou omettrait de remplir ses obligations communautaires, essentiellement du travail forcé, est susceptible de se voir infligé une amende, une peine d'emprisonnement faute de pouvoir la payer voire d'être expulsé de sa terre qu'il ne possède pas et que l'Etat met à sa disposition.
- Le rapport ne s'intitule pas "suppressing dissidents" par figure de style. Il s'agit bien de détention arbitraire, de harcèlement, d'intimidation, de torture et de "disparitions". Une des distractions favorites des policiers et miliciens consisterait à attacher des bouteilles d'eau à moitié pleines aux testicules de leurs suspects, une jeune lycéenne rapporte qu'on l'a contrainte à se mettre en sous-vêtements avant de lui coller un revolver dans la bouche pour la dissuader de s'occuper davantage de politique.
- Les professeurs des lycées et collèges sont d'ailleurs les mouchards de leurs élèves et vivement encouragés à rapporter tout égarement politique. Ainsi des enfants de respectivement dix et onze ans ont été emprisonnés pour avoir tatouté sur leur bras ou griffonné sur un coin de tableau noir le sigle de l'OLF : Oromia Liberation Front *.
Etthiopian Human Rights Council http://www.ehrco.net
Au moins 6 responsables ou investigateurs du Conseil éthiopien des Droits de l’Homme ont été arrêtés après les élections de mai dernier. Leurs crimes : avoir fait partie des observateurs des élections ou enquêté sur les événements du 8 juin et les crimes de Mercato. Ils sont détenus dans le camp militaire de Zwaye, exposés à la malaria et victimes de traitements inhumains cf. Prisonniers et SIDA.
Si leur site n’est pas à jour, leur rapport sur les violations des Droits de l’Homme dans la région Amhara vaut largement celui de HCR. Je ne traduirai, au hasard, que trois des dizaines de faits rapportés.
- Alame Eziawdress : le 24 août 2004, la police de la woreda* et la milice du kebele* l’attaquèrent dans la ville de Gundeweyin. La cour sociale du kebele lui infligea une amende de 30 birr * pour avoir omis de participer aux travaux communautaires. Dans l’incapacité de s’acquitter de cette somme, il fut conduit à la prison du kebele.
- Aguate Bitu : le 30 août 2004 à huit heures du matin, les hommes armés de la milice du kebele l’arrêtèrent à son domicile pour le conduire dans un lieu isolé et le passer à tabac. Il affirme ne plus pouvoir se lever ou bouger sans aide.
- Tize Habtamu et Abyot Tize : le 30 août 2004 à environ 7 heures du matin, des membres de l’armée de réserve et de la milice armée du kebele les arrêtèrent à leur domicile, les emmenèrent dans une ville appelée Lega Neous où ils furent passés à tabac. Tize a désormais des difficultés à se mouvoir et à uriner.
Vous aurez compris et je n’en jette plus encore qu’une visite à Solidarity Committee for Ethiopian Political Prisoners vous révèle l’existence de « ghost houses » où les dissidents sont susceptibles d’être emprisonnés et torturés un temps indéfini sans jamais passer en jugement.
* divisions administratives nationales comparables à cantons et préfectures;
* L'OLFest considéré comme une organisation terroriste par le gouvernement mais leurs discours est plutôt mesuré faice au terrorisme d'Etat. Ses sympathisants sont systématiquement persécutés.
* 30 birr ou 3 € constituent une fortune pour un paysan qui ne les gagne pas en un mois.
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