Le National Election Board of Ehiopia (NEBE pour les intimes) me ferait franchement rigoler si la situation n'était pas si tragique.
Outre qu'ils sont infichus de tenir leur site à jour ou de divulguer des résultats dans un délai raisonnable, leurs rapports, instructions, statements et communiqués condensent tous les ridicules d'une administration éthiopienne que j'ai pris l'habitude d'éviter : ils me rendent chèvre.
Mais il y a plus grave, bien plus grave...
Outre que Kemal Bedri, son dirigeant, nommé par Meles Zenawi peu après son accession au pouvoir, il y a quatorze ans, est aussi président de la Cour Suprême - ce qui laisse mal augurer de l'indépendance de la structure - sa crédibilité, au sein de la population ou parmi les observateurs internationaux, est absolument nulle.
En effet, un rapport confidentiel - mais apparemment partiellement divulgué - des observateurs de l'Union Européenne indiquait quelques jours après les élections que NEBE semblait ne pas contrôler le décompte des voix et se contentait de reporter des résultats invérifiés et invérifiables au fur et à mesure du processus. Ana Gomes, chef de la délégation européenne, dénonçait des irrégularités et déclarait d'ailleurs le 24 mai (traduction) :
"L'ensemble de ces pratiques mettent sérieusement en cause la transparence et l'honnêteté des élections. Des risques de manipulation grandissants risquent de miner la confiance de la population dans le processus..."
Pire, le 16 mai, le gouvernement annonçait sa victoire bien avant la publication officielle de résultats partiels et sans que les partis d'opposition aient accès aux médias officiels. Le CUD, principal parti d'opposition, en appela à la Cour Suprême au motif que cette annonce prématurée était anti-constitutionnelle, argument que la Cour, dirigée par le même Kemal Debri, rejeta bien évidemment.
Pourtant si les 52 observateurs européens n'ont pas dénoncé de fraudes manifestes dans les bureaux où ils étaient présents, les témoignages en provenance de bureaux de vote ruraux, de régions enclavées et parfois inaccessibles étaient alarmants. La non-officielle radio éthiopienne, celle du bouche à oreille, fonctionnait à merveille. Urnes volées, brûlées, votants confrontés à des kalashnikov, passages à tabac, les fraudes étaient massives et la victoire de l'EPRDF, un mensonge éhonté.
299 circonscriptions sur 517 étaient contestées.
Pas un mot sur les circonstances de ces "prétendues" fraudes dans les journaux locaux en anglais mais, en ligne, quelques témoignages accablants et les plaintes du CUD, dont voici quelques extraits condensés.... sans commentaires...
- A Bitchena au Gojam, six militiens armés étaient stationnés devant chaque bureau de vote. Ils ont empêchés les observateurs d'accéder ou site et chassés ceux déjà présents. Les réprésentants du CUD ont été forcés de signer des résultats électoraux, nettement frauduleux. Des votants ont été contraints de cocher le symbole du parti au pouvoir - une abeille - ou intimidés afin qu'ils ne votent pas. Certaines urnes étaient endommagées ou ouvertes etc.
- A Debre Elias au Gojam, les réprésentants du CUD ont été intimidés, harcelés et passés à tabac. Les votants ont été menacés par des hommes armés afin qu'ils choisissent l'EPRDF. Les partisans du CUD n'ont pu accéder aux urnes etc.
- A Sulilta et Mulu, Shewa Nord, en Oromia, les votants ont été intimidés par l'expulsion des observateurs du CUD et des affirmations des responsables de l'EPRDF telles que : voter pour l'opposition vous privera de fertilisants, semences, crédit. Vos enfants n'iront plus à l'école et vous, en prison.
- A Abomsa, Arsi, en Oromia, les cadres de l'EPRDF qui supervisaient le comptage des voix ont attribué à leur parti 426 bulletins blancs. Les votants ont été publiquement sermonnés et enjoints à voter pour l'EPRDF s'ils voulaient éviter des problèmes personnels dans les jours qui suivraient. L'EPRF a aussi utilisé un moyen bon marché et illégal tel qu'installer une ruche dans un des arbres sous lesquels les votes prenaient place et ses cadres désignaient constamment la ruche aux votants*.