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Juillet 2005 : répression dans les campagnes

Juin 2005 : répression massive

Les Droits de l'Homme en Ethiopie

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Un reportage sur les lieux des tueries du 8 juin

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Mais oui je  continuerai à voter à gauche ;-)

Son Excellence M. Stéphane Gompertz, ambassadeur de France à Addis et tous ses confrères

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Le blog d'une EX-expat ou la chronique déplaisante d'une dictature ordinaire.

 L'Ethiopie se débat toujours dans une tourmente post-électorale et l'EPRDF, parti au pouvoir, a annoncé sa victoire aux élections de mai 2005, victoire acquise par l'intimidation, le meurtre et la fraude.

Vous trouverez ici un rappel des événements, quelques infos sur la situation des Droits de l'Homme, la répression, la violence d'Etat, les assassinats de Mercato et les exactions d'un régime soutenu, dans l'indifférence générale, par les pays riches qui malgré, quelques vertueuses indignations de façade, préfèrent la stabilité politique à une démocratie bouillonnante.

Je vous suggère de consulter, avant de parcourir  les billets d'humeur au jour le jour, les catégories chronologie des événements et Ethiopie, quelques faits  et surtout mes portraits de dissidents, histoire de vous briefer sur la répression sanglante, les droits de l'Homme, la liberté de la presse, l'indépendance du National Electoral Board et les fraudes électorales.

 Une pétition en Français ! Un site-miroir chez Sylvain ! Un Addis Ferengi Ethioblog ! chez Nazret.com Dear Ethiopian readers, your visits make us happy and proud. Do not hesitate to leave a message.

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Lundi 2 janvier 2006
... encore des clash signalés ce matin, et plutôt sérieux, des voitures du gouvernement ont été brûlées et bien sûr, des pierres jetées contre ces pauvres "Ambassa" bus (1)... Il n'en restera bientôt plus.

La police fédérale tabasse et arrête les lycéens à qui mieux mieux à -pour les initiés- Merkato, Kebena, Mexico square.

Mises à jour d'ici ce soir

20H00: Parce que même des mauvaises photos de téléphone portable vous en diront davantage que mes pauvres mots, parce que Kokobe Tsiba, Wingate et Merkato ne vous disent rien et pour cause... j'ai tenté de poster mes clichés de cet après-midi. Police fédérale, bérêts rouges, l'arsenal de Meles menace les lycéens. Impossible à télécharger pour l'instant... mais à suivre.

Les impatients peuvent néanmoins les visionner dès maintenant sur mon Ethioblog.


Addis Ferengi

(1) Les transports publics de Addis, la majorité des déplacements est assurée par les taxis bleus et blancs et les Blue donkeys - mini-bus -
Par Nth - Publié dans : Chronologie des événements
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Samedi 31 décembre 2005
Puisque les lycées sont fermés... à Siddist Kilo ce sont les élèves des écoles Asee Noade et Balay Zeleke qui ont hurlé en choeur hier "Voleurs, voleurs !" "Meles démission !"...

La police municipale est donc intervenue, elle les a tabassés "un peu" (1), a arrêté les plus énervés, histoire de leur faire la morale.

Je vous rassure, la police municipale, si elle obéit aux ordres n'a rien à voir avec la police fédérale, l'armée personnelle du premier ministre. Les policiers détestent ce régime, comme tout le monde...  , les bouts de chou en seront quittes pour la peur. Ce sont leurs parents qui risquent des soucis...



Franchement à Addis, la nouvelle nous fait franchement marrer... Nous sommes très fiers de nos Gavroches! On attend que les maternelles se mettent en grève et exigent la démission du tyran.



Le week-end devrait être calme. J'en profiterai pour publier la prose inénarrable du Ministère du Développement... un must... et pour vous présenter mes voeux.

Finalement 2006 s'annonce bien... Le vent tourne.

@+

Addis Ferengi

(1) Je ne sais pas ce que "un peu" veut dire... Les standards sont légèrement différents ici. :(
Par Nth - Publié dans : Chronologie des événements
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Vendredi 30 décembre 2005
à Addis dans l'après-midi... je ne veux pas rater çà. La semaine prochaine est trop prometteuse ! Imaginez-vous qu'ils ne tirent pas ! ou peu... Encourageant.... on va en profiter...

Il paraît que les élèves du lycée français y sont allés de leur chahut hier, malgré les vacances. Bravo les p'tits loups! on ne vous a pas enseigné la Marseillaise pour rien. Appelez-moi la prochaine fois!


Les hot news en tout cas seront sur mon Ethioblog en priorité. Mes lecteurs contribuent maintenant !

Update 21H30: De retour, je me dois de corriger l'information précédente, le lycée concerné n'est pas le lycée français de l'avenue Winston Churchill mais un établissement de la zone ECA. Désolée. Ceci dit, chers lycéens francophiles, si l'erreur vous donne des idées au retour des vacances... prévenez-moi ;-)

Même après avoir vu ces images postées sur http://www.ethiofirst.com, je sais que vous aurez du mal à croire que le régime éthiopien est cinglé au point d'arrêter des enfants....

Update 14 Janvier: Beh... elles y sont plus les images... Sont forts quand même !  alors à moins de hacker le site... Suis trop honnête, la prochaine fois, je les piquerai... On voyait des bouts de chou dont la tête dépassait à peine des parois du camion... genre pick-up.

Et pourtant.... un ami habitant le quartier de Meganegna me confirme que les élèves des écoles Misrak Ber et Yeka Terara (âgés de 8 à quatorze ans) ont bien balancé des pierres sur les bus et été détenus en conséquence, toute la journée.

Comme le mien, de bout de chou, a huit printemps et rêve d'essayer son Kung Fu sur la police fédérale - Oui il est Kinijit, ma merveille... c'est le fils de sa mère -, je souhaite transmettre toute ma sympathie aux pauvres parents angoissés.

Une autre source, responsable d'une ONG locale travaillant dans le domaine de l'Enfance, confirme que des gosses de 7 ans ! ont été détenus aujourd'hui - le sont peut-être encore pour autant que je le sache - dans les locaux de l'hôpital de l'Air Force.

Je n'ai cessé de le répéter... ils sont cinglés grave... et ce qui se passe ici a déjà un nom en fait:
Inti Fada....

@+

Addis Ferengi.
Par Nth - Publié dans : Addis (et ailleurs) au jour le jour
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Jeudi 29 décembre 2005
Il est impossible ou presque de joindre mes contacts addissois sur leurs portables alors que je me trouve à la campagne. Je rentre demain.

Néanmoins, des "clashes" m'ont été signalés et de source sûre dans au moins deux établissements aujourd'hui et autant hier. Sachant que la plupart des lycées et écoles sont fermés... Si des coups de feu sont reportés, le nombre de morts ou de blessés est incertain - Ethiopian Telecom fait de son mieux pour brouiller les communications même  à l'intérieur de la ville. Que la police fédérale tabasse et arrête à qui mieux mieux ne fait pas l'ombre d'un doute par contre.

En somme, Meles Zenawi a tellement la trouille de son propre peuple qu'il:

1) ne peut transférer les "dangereux terroristes' qu'il a mis sous les verrous de leur prison au tribunal sans appeler des milliers de soldats en renfort.
2) se voit dans l'obligation de fermer les écoles s'il ne veut plus de protestations spontanées
3) n'ose même plus tirer ou à peine... ce qui nous change de l'ordinaire.

Je souhaite rappeler à ce propos que malgré les idioties répétées dans la presse internationale, les dernières tueries à Addis n'ont pas fait une quarantaine de morts mais des centaines, que ces scènes se sont reproduites dans tout le pays, que le nombre d'opposants abattus... lorsqu'il sera connu... mettra les "donneurs" en position très inconfortable.

Mais çà y est ! Ils ont réagi les nains de jardin ! Ils ont retiré à Meles 375 Millions de Dollars de budget... çà leur a pris 6 mois montre en main...

Pour ceux qui en douteraient encore, je n'ai pas attendu tout ce temps pour me brancher sur la réalité quotidienne et la souffrance de mon pays de résidence. Je suis en phase... alors Messieurs-dames les Ferenj... j'ai deux ou trois choses à vous dire de la part des Abeshas:

1) Betam amesigenalew... Merci beaucoup... çà c'est l'introduction parce que c'est un peuple très poli.
2) Vous êtes bien gentils mais on vous emmerde... Non çà ils le pensent mais ne vous le diront jamais.... trop polis je vous dis...
3) Vous paierez pour le silence coupable que vous avez gardé tout ce temps.
4) En tout cas c'est pas assez, parce que votre chouchou Meles, nous, on veut sa mort subite et çà fait un moment... D'ici à ce que vos mesurettes fassent effet, il va encore en  tuer beaucoup.
5) Mais finalement ce n'est pas grave, notre liberté, notre indépendance, notre fierté, Nous, nous ne l'avons jamais perdu... On fera sans vous... comme d'hab.




Addis Ferengi

* Pour rappel: Abesha
black ou local  Ferenj blanc ou étranger
Par Nth - Publié dans : Chronologie des événements
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Mercredi 28 décembre 2005
Un rapide résumé du jour car la connection est décidément très instable.

Par ailleurs il m'a été impossible de joindre aucune de mes sources à Addis depuis au moins deux bonnes heures... ce qui ne présage en général rien de bon.

Le black-out est total.

Addis qui célébrait aujourd'hui St Georges et le choix de la date n'est certainement pas anodin s'est réveillée ce matin dans un véritable état de siège.

Il est impossible d'évaluer le nombre de militaires, Agazi (1), police anti-émeute - casqués - et police en patrouille, certainement des milliers... patrouillant à pied, sur leurs pick-ups ou véhicules blindés. La plupart sont lourdement armés. Toutes les zones sensibles - et notamment les lycées et écoles - étaient quadrillées, encerclées ainsi que le quartier de l'unversité. En effet, les leaders de l'opposition et personnalités accusées (2), entre autres, de génocide, de trahison et d'insurrection armée étaient convoqués aujourd'hui par un tribunal d'opérette. Leurs avocats avaient fait savoir qu'ils ne se déplaceraient pas.

Tous savaient que des troubles étaient susceptibles d'éclater à l'occasion de leur transfert et pendant leur présence dans la salle d'audience.

Meles Zenawi, le stratège a, avec la complicité des ambassades (2), paré au plus pressé.

Nul ne pouvait assister à l'Audience sans une carte d'accès, inutile de vous dire que mes amis n'ont même pas postulé.

Les accusés sont arrivés aux aurores, dans des limousines (sic!). Des rumeurs répétées et cohérentes ont convaincu bien des opposants que l'audience serait repoussée. L'heure en a été avancée à 9H30, au lieu des 15H00 habituelles. La population se pressant dans les églises le matin de la St Georges... l'affrontement a été évité... pour combien de temps ?

L'audience se serait achevée très vite, la demande de libération sous caution - une bonne blague - encore renvoyée de 7 jours.

Si j'ai entendu des rumeurs de clashes en ville ...  bus brûlés, jets de pierre et même coups de feu, je ne peux en confirmer aucune. Nos lignes téléphoniques ne nous permettent simplement pas d'appeler... C'est mauvais signe.

Néanmoins la démonstration est faite, le gouvernement éthiopien est incapable de contrôler la colère spontanée de sa population sans le recours à l'intimidation armée et les méthodes les plus brutales.

Addis Ferengi






(1)
Les pires, l'armée personnel du premier ministre
(2)
Journalistes, intellectuels, entrepreneurs mais aussi deux adolescents de 14 et 15 ans!
(3)
Voir à ce sujet le message d'avertissement que l'ambassade américaine divulgait hier.
Par Nth - Publié dans : Chronologie des événements
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Mardi 27 décembre 2005
... et s'attaqueront bientôt aux bouts de chou ! Un témoin oculaire employé au lycée  Ayer Tena rapporte qu'ils ont beau être parfois hauts comme trois pommes... les élèves... ils balancent des pierres et hurlent: "Meles dehors! On veut Ato Hailu!"

Addis a repris un semblant de calme ce matin, des centaines de lycéens ont été râflés cette nuit... mais çà ne va pas durer... les leaders Kinijit (1) sont convoqués par le Tribunal demain.

Cette fois, les assassins ne tirent apparemment qu'en l'air... Surprenant. Ils sont fort disciplinés finalement... C'est donc que lorsqu'ils en ont abattu des centaines à Addis en Novembre dernier, ils ne faisaient qu'obéir aux ordres!

Que va faire le régime ? Emprisonner tout le monde, les vieux, les jeunes, les enfants? Fermer toutes les écoles, même maternelles?

Voici le futur de ce pays... Il est radieux... Le jour on on arrêtera de filer du fric aux salauds qui le gouverne.










Addis Ferengi


(1) La CUD,
principal parti d'opposition.

Sources: Mais les miennes! toujours les miennes, des éthiopiens ordinaires et écoeurés... Contrairement aux autres Ferenj (étrangers), moi, je parle aux gens...

Update 14H00: A ce stade c'est de la voyance, je vous disais ce matin en plaisantant qu'ils arrêteraient bientôt des enfants.... eh bien... ils ont arrêté des enfants... de l'âge du mien...  8 ans tout au plus, qui jetaient des pierres ! Deux lycées au moins: Shenelis Habte & Black Lion et un centre de formation: Tigbare Ede foutent leur bordel aujourd'hui et nous n'avons encore rien vu! C'est la police municipale qui gère les affrontements -limités- aujourd'hui. Eux, même s'ils tabassent un brin, ils sont gentils. Alors au point où j'en suis, Cassandre ignorée... d'ici la fin de la semaine... je vous prédis de nouveaux morts... et beaucoup...

Update 15H45: Les lycéens de Bole High School, Bole est le quartier le plus chic de Addis ont rejoint les réjouissances, ils ont beuglé quelques slogans, gueulé pas mal d'insultes et jeté encore plus de pierres vers 15H00. Deux camions de militaires, certains armés de matraques, d'autres de fusils, ont encerclé la zone et contrôlent l'identité des jeunes gens en ce moment même. Ils pourraient en arrêter beaucoup.  (à suivre...) Source: un témoin oculaire
D'après Ethiomedia, les lycéens de Menen High school ont remis çà aujourd'hui, toujours pas calmés les p'tits loups...

Update 22H00: Finalement aujourd'hui, des troubles ont éclaté partout et la population a suivi. Des bus et des voitures gouvernentales ont brûlé, des pamphlets circulent et je commence à penser que ce soulèvement en période de vacances est un rien orchestré. Ils arrêteront sans doute en masse cette nuit aussi, sans parvenir à éviter de nouvelles émeutes car demain sera pire... et si je ne poste pas, c'est simplement qu'ils nous auront coupé nos connections.
Par Nth - Publié dans : Chronologie des événements
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Lundi 26 décembre 2005
Addis aujourd'hui: Les lycéens jettent des pierres, la population les imite... on casse des bus et les fenêtres des écoles, la police fédérale embarque tout ce qui bouge, quelques coups de feu sporadiques ont été entendus mais certainement pas dans la même proportion que le 1er et 2 Novembre dernier.

En tout cas les émeutes continuent... Les éthiopiens exigent la libération immédiate des prisonniers politiques, les abrutis qui nous dirigent n'ont toujours pris aucune sanction.

Quant au gouvernement, il s'organise pour récupérer la manne de l'Aide Internationale en renforçant son contrôle des ONGs nationales.

Meles Zenawi a perdu les élections, il est unanimement haï, les "donneurs" continuent à fermer les yeux et lui à remplir ses camps de concentration.

Update dans la journée.

Addis Ferengi fatiguée de ne pas se tromper dans ses prédictions et de hurler dans le désert.


PS: Et à ceux d'entre vous qui n'ont pas envie de mourrir idiots, je recommande cette vidéo de Tamagne Beyene, vous verrez à quoi ressemble un peuple en colère et une répression sauvage. Cela devrait réveiller des consciences assoupies mais voilà, çà ne réveille pas grand-monde... :(
Par Nth - Publié dans : Chronologie des événements
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Samedi 24 décembre 2005
Et je suis une des seules à publier la vérité sur internet désormais.

Après les étudiants de Addis Abeba, ce sont les lycéens qui lancent les hostilités. Jeudi, dans les quartiers de Arat et Siddist Kilo, hier un peu partout, notamment Mercato et Jimma road, cinq points chauds au moins m'ont été signalés.

Dans trois d'entre eux, la population a soutenu sa jeunesse contre la police fédérale, de retour en masse... Ils ont re-lancé des pierres. De nombreuses arrestations et matraquages sont signalés mais pas encore de coups de feu.

Il m'arrive d'être fatiguée de prêcher dans le désert et de répéter sans cesse que l'Ethiopie est tout sauf calme. De nouveaux troubles sont extrêmement probables en début de semaine prochaine dans la mesure où nous serions ici tous extrêmement surpris si les héros du peuple emprisonnés ne passaient pas au moins les fêtes de fin d'année derrière les barreaux.

Et puis je viens d'entendre un récit terrifiant d'une source qui a toute ma confiance. En Novembre dernier une Addissoise ordinaire a quitté son domicile armée d'un couteau. Elle a égorgé un militaire.

Je ne vous en voudrais pas de ne pas le croire.

Addis Ferengi
Par Nth - Publié dans : Chronologie des événements
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Jeudi 22 décembre 2005

.. Et je publie plus régulièrement en anglais sur mon Ethioblog, simplement parce que mon public, composé en majorité d'Ethiopiens de la diaspora, est avide de nouvelles fraîches et de détails qui ne vous intéressent pas nécessairement. Pas question néanmoins d'oublier les francophones, voici un petit bilan des derniers événements et de la situation, organisé par rubrique. Il rejoindra la catégorie "chronologie des événements", un rien négligée récemment, pour une meilleure lisibilité des prochains développements.

Procès de masse

Ils sont 131. 131 leaders de l'opposition, personnalités phares de la société civile, intellectuels, journalistes et militants des Droits de l'Homme, 131 hommes et femmes résidant en Ethiopie et dans la diaspora accusés par le gouvernement de Haute Trahison, d'insurrection armée et même de génocide ! Si je ne doute pas un seul instant qu'un génocide soit en cours dans ce pays, en accuser les dissidents relève de la plus haute fantaisie et le tribunal, théâtre de marionnettes, n'a pas l'ombre d'une preuve pour instruire un procès de pacotille.

La vie à Addis est suspendue aux aléas tragi-comiques des audiences. La dernière, c'était hier. Je suis désormais en contact constant avec l'opposition non compromise de ce pays, c'est-à-dire, ceux qui ont refusé de siéger dans un parlement d'opérette et je suis la situation de très près.

Hier donc l'humeur de la salle d'audience était orageuse et des manifestants - surtout étudiants - ont bravé les autorités en sifflant, huant, hurlant et en brandissant le V de la Victoire aux alentours de Siddist Kilo - quartier de l'université. La présence de médias internationaux a apparemment dissuadé le gouvernement de répondre par ses désormais habituels massacres. En général, ils tirent simplement dans le tas. Un témoin oculaire m'a rapporté que le périmètre était bouclé, que le nombre des protestataires se chiffrait en centaines et qu'elle avait du marcher plusieurs kilomètres avant de trouver un transport public qui la ramènerait à son lieu de travail en commentant: "J'avais peur". 

Les trois guignols, magistrats d'opérette nommés par le Premier Ministre sont arrivés à 15H00 pour quitter l'audience quelques temps plus tard, revenir aux alentours de 16H50...  et décréter que le temps manquait pour entendre la requête de libération sous caution .

 


Si je peux démêler le vrai du faux dans des comptes-rendus souvent emprunts d'émotions - de fait certains de mes informateurs indirects craignent de figurer sur la liste -, une bonne partie des trois interminables heures ont été consacrés à l'énumération de crimes imaginaires et d'accusations improbables, portées des dizaines (sic!) de témoins anonymes (re-sic!).

L'audience s'est, une fois de plus, achevée sur un statu quo, les comparants ayant été priés de revenir en deuxième semaine. Le régime joue la montre. J'imagine que la présence de leurs partisans aura donné du baume au coeur à l'élite de la société éthiopienne. Nombre d'entre eux sont en grève de la faim depuis le 28 Novembre dernier, affaiblis mais déterminés, ils ont brandi leurs doigts tendus, le fameux V, symbole de courage et de résistance.

Bien sûr la photo scannée est de fort mauvaise qualité. Ci-dessus, les accusés sortent du tribunal. J'ai compté pas moins de 6 Kalash. :(

La situation économique

Les médias étant muselés et la plupart des informations divulguées par le gouvernement mensongères, il me sera difficile d'étayer mes propos mais voilà ce que je peux rapporter.

Le mot d'ordre de boycott des industries et commerces contrôlés par le parti est suivi à la lettre, les Ethiopiens l'interprètent au besoin et y ajoutent des cibles et stratégies de leur cru. Des tonnes de produit s'accumulent (Sodas - Pepsi et Mirinda, ciment Mesobo, bière Dashen) et on fait la queue pour les autres. Les commerces gouvernementaux n'ont plus que des clients fantômes.

La consommation est minimale. Un ami m'expliquait: "Je n'achète rien, si j'achète, je paie des taxes, si je paie des taxes, j'aide le régime."

Plus personne ne lit non plus les journaux. La presse indépendante est une fiction et  l'autre, un pensum de propagande.

Les commerçants se plaignent de la morosité ambiante.

L'aide internationale n'est pas exactement gelée mais les différentes "coopérations" en ont revu les conditions... et de façon draconienne. Elle ne devra plus parvenir au gouvernement mais aux couches de la population les plus défavorisées, par l'intermédiaire d'ONG nationales et internationales.

Il ne faut pas être grand clerc pour prédire la fin d'un régime exsangue. Qui vivra verra mais justement, d'ici là, ils continueront à tuer... C'est tout ce qu'ils savent faire.

La population et la communauté internationale

Le sentiment qui domine va d'une indifférence polie à une franche hostilité. Les gens sont fatigués des vertueuses indignations des occidentaux qui ne débouchent sur aucune action concrète, moi aussi. Chaque jour qui passe augmente les risques d'attaques ciblées contre les Ferenj.

Le peuple éthiopien est traditionnellement d'une extrême patience, souvent fataliste, ils ne jette des pierres que poussé à bout mais sa jeunesse, elle, semble rejeter les anciennes valeurs et veut en découdre. Les partisans du combat armé vont trouver bien des oreilles complaisantes. Suivent quelques contributions plus personnelles.

Comment en est-on arrivé là ?

J'ai commis l'erreur d'acheter quelques journaux en anglais cette semaine. Je m'en abstiendrai désormais mais un interview de l'ex ambassadrice d'Allemagne - elle a pris sa retraite le 15 Novembre dernier - , dans Reporter m'a éclairée.

Helga Comtesse Strachwits est une très belle femme, distinguée, elle porte ses décennies à merveille. Elle aurait probablement droit à mon respect et à ma sympathie immédiate si elle ne tenait pas des propos absolument répugnants. J'en ai reporté quelques extraits sur mon Ethio-blog. En voici une synthèse: L'Ethiopie est-elle une dictacture, lui demande-t-on à plusieurs reprises ? Bien sur que non, affirme-t-elle, les dictateurs n'organisent pas d'élections ! Les bailleurs de fond vont-ils geler l'aide si la répression continue ? Mais pourquoi, s'indigne-t-elle, non, ce n'est pas à l'ordre du jour. Même dans le cadre du procès intenté aux leaders de l'opposition, nous devons attendre et voir. Méditer de renverser illégalement (!) un gouvernement est interdit chez nous aussi.

Les motivations d'Helga Comtesse Strachwits et sa propension à soutenir l'insoutenable s'éclairent à la lueur des ragots locaux . Helga, comtesse Strachwits, entretiendrait des relations tendres, fortes et durables avec un certain Vice-Premier ministre. Oh, je ne saurais affirmer que les mauvaises langues ont raison mais je note qu'elle a élu un des beaux sites touristiques, les rives du lac Langano, comme lieu de résidence, qu'elle apprécie - et je la comprends - la douceur coloniale de nos vies de privilégiés. La Comtesse fait ses courses à Arsi-Negele mais semble ignorer que le député de cette circonscription a été assassiné. La Comtesse aime les oiseaux, la végétation, la cordialité, la gentillesse du peuple éthiopien... moi aussi. Mais la Comtesse promène son chien sur les remparts d'une autre Varsovie. Aveuglement, corruption, bêtise ou méchanceté ?  Je n'en ai pas la moindre idée mais la Comtesse ici sera bientôt persona non grata. J'y veillerai.

Franchement il ne s'agit pas de porter des slaves personnelles et blessantes, la Comtesse est emblématique, voila tout. Aussi odieux que soient les propos, il s'agit pour moi de comprendre, de comprendre comment nos distingués ambassadeurs ont pu raconter tant d'âneries, comment Blair a pu taxer Meles Zenawi de leader africain modèle... comment ils ont pu fermer les yeux et cadenasser leurs cœurs... se compromettre à ce point.


Ils ne sont pas calmés

Je tâche de ne poster que des témoignages de première main mais les rumeurs de protestations étudiantes et populaires un peu partout vont bon train.


Une info exclusive

C'est le hasard le plus pur qui m'a mis en contact avec une famille de Kolfe, quartier de la capitale et une élève de la "Kolfe Comprehensive School". Personne d'autre ne vous rapportera leurs propos, ce qui vous donne une idée de la qualité de l'information ici. Nous ignorons sans doute 99% de ce qui se passe à deux pas de chez nous, imaginez dans le reste du pays... Vendredi dernier, les élèves de l'école ont apparemment fait un peu de chahut. En général, ils se contentent de brailler des slogans, offense intolérable menaçant la sûreté de l'Etat. La police fédérale en aurait abattu deux et emprisonné beaucoup. Depuis, des élèves du "grade 10", des jeunes gens âgés de 16 à 18 ans, sont détenus dans leurs propres salles de classe et leurs parents manifestaient encore hier soir leur inquiétude devant le bâtiment... Les Ethiopiens sont capables de plaisanter dans les pires moments. J'ai vécu un instant de franche rigolade lorsque l'un d'entre eux m'a expliqué que bien sûr, ils allaient maintenant transformer les écoles en prisons, qu'ils n'avaient pas le choix, les leurs étaient pleines à craquer et leurs pensionnaires au bord de l'asphyxie. Drôle, l'histoire ? Pas forcément ? Je vous assure que dans le contexte, elle est hilarante. L'humour est une arme tranchante, dans un monde Orwellien, dirigé par un dictateur fou.

Témoin oculaire

Je ne suis pas assez brave pour hanter les points chauds, je ne me suis jamais trouvée non plus au bon endroit, au bon moment pour faire mon boulot de blogueuse mais j'ai l'oeil aux aguets.
Hier soir vers 18h00, la présence militaire était massive  même sur des avenues chics comme aux alentours du Hilton et du Palais-Royal. J'ai vu des cars bondés et des meutes de militaires. Je ne pense pas exagérer en affirmant en avoir croisé une soixantaine en l'espace de 5 minutes. Ils portent désormais l'uniforme de la police municipale mais n'abusent personne. Tous étaient armés de Kalashnikov ou même de ces fusils que les Addissois appellent "snipers".

Un peu plus tard dans la soirée, alors que je venais de déposer un ami dans une zone résidentielle, un pick-up de la police fédérale, arrêté tout près, remplissait encore son office, l'arrestation de pauvres types, étudiants sans doute, coupables de penser.

Non je ne prends plus de photos, vous m'imaginez me signaler aux tueurs par des flashes?

Je me contente de continuer mes chroniques, récits engagés, souvent épidermiques, peut-être chaotiques mais infiniment sincères d'une "quidam' un rien révoltée.

A bientôt

Addis Ferengi

Par Nth - Publié dans : Chronologie des événements
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Dimanche 18 décembre 2005
et j'ai apparemment cédé à la déprime ambiante... désolée.

La vérité est que les supporters de l'opposition (90% au moins de la population) étaient suspendus aux résultats de l'audience du vendredi 16 où 131 personnalités de la société civile, dont beaucoup sont détenues sans charge depuis le début du mois de Novembre, devaient, au dire du tyran soi-même, être finalement formellement convaincues des crimes fantaisistes de haute trahison, de conspiration, d'insurrection armée, de génocide... et autres mensonges flagrants. Ils risquent 15 ans d'emprisonnement et la peine de mort.

Ato Hailu Shawel - 70 ans - président de la CUD, emprisonné injustement depuis le 1er Novembre 2005 Quant au président de la CUD, Ato Hailu Shawel, il est hospitalisé depuis lundi dernier et le fait qu'il n'ait pu paraître à l'audience de vendredi ne calme pas les esprits. Les autres leaders emprisonnés sont, à notre connaissance, toujours en grève de la faim et cela fait plus de quinze jours.

En somme l'humeur était au désespoir...

Les trois juges-guignols, dont on dit qu'ils reçoivent leurs instructions directement du Premier Ministre, n'ont pas osé et reporté la décision à mercredi prochain. On rapporte à Addis la présence de l'envoyé des Etats-Unis Yamamoto ainsi que du ministre Britannique pour l'Afrique Lord Triesman.

Franchement les US et les Britanniques seraient bien avisés de revoir leur politique désastreuse avant de se prendre une balle car nous en sommes là. Il semble qu'ils soient de plus en plus aisé de se procurer une Kalashnikov à Addis et mes sources sont formelles: la prochaine fois, le peuple ne jettera pas de pierres.

Une voiture des Nations Unies, de l'OMS pour être précise, a d'ailleurs été visée par des snipers anonymes mardi dernier, dans la capitale, le chauffeur est blessé. Information exclusive que vous ne lirez nulle part ailleurs... et pour cause.

Sachant que je me suis fort peu trompée jusqu'à présent dans mes prédictions à la Cassandre, je me permets de vous affirmer aujourd'hui que le soutien répugnant que les "donneurs" ont accordé à Meles Zenawi après sa défaite électorale, a suscité un énervement certain depuis longtemps transformé en haine.

A ce propos, un ami très cher et l'un des rares responsables de l'opposition encore en liberté me rapportait les faits suivants. L'ambassadeur britannique Bob Dewar a trouvé intelligent le week-end dernier de suivre l'exemple de la Pôôôôôôôôôvre Vicky Huddelston (US) et d'y aller de sa petite sauterie destinée aux dissidents. Quatre membres du comité central de la CUD y ont pointé leur nez.

Eh bien, figurez-vous que si la pôôôôôôôvre Vicky leur avait gentiment proposé l'asile politique, ce brave Bob leur a suggéré de siéger au parlement ! Pour ceux qui ne suivent pas, les élections ont été honteusement truquées, la répression a causé la mort de centaines - au bas mot - de personnes. Des dizaines de milliers de jeunes gens sont emprisonnés et meurent chaque jour, de faim, de maladie et de tortures dans leurs camps de la mort... et ces néo-colonialistes font encore pression pour que les députés les plus têtus prennent leur siège dans une caricature d'assemblée nationale.

Même moi j'ai envie de leur tirer dessus... c'est vous dire.

Au dire du gouvernement, qui se garde bien d'en publier la liste, une cinquantaine d'élus a déjà craqué. Menaces, intimidations, passages à tabac... les forces de sécurité ne manquent pas d'arguments.

Enfin et cerise sur le gâteau... l'UEDF, autre parti d'opposition, révèle aujourd'hui sur Ethiopian Review, que son chargé des relations publiques, le Capitaine Aklilu Zelleke Negussie est lui aussi entre la vie et la mort parce que les âmes damnées du régime ont décidément la main lourde lorsqu'il s'agit de tabasser et de torturer. Je t'en foutrais moi... de siéger au parlement !

Dans le marasme ambiant et alors que le terrorisme et l'insurrection armée menacent... le parlement européen - Merci Ana Gomez - a publié vendredi une prise de position qui nous a donné du baume au coeur. Condamnation sans ambiguïté du régime, elle appelle à la cessation de toute activité de développement impliquant le gouvernement. L'aide devra parvenir directement à la population et le Budget support n'est déjà plus qu'un souvenir. Mieux, on envisage des sanctions visant les responsables des crimes commis.

Les psychopathes, Meles et ses sbires, vont tomber, c'est clair... dès qu'ils ne pourront plus payer leur armée... et le plus tôt sera le mieux... La question est, combien vont-ils en massacrer avant ?

Addis Ferengi

Source: les miennes, je fais partie de la Résistance désormais ;-).
Par Nth - Publié dans : Addis (et ailleurs) au jour le jour
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J'ai quitté l'Ethiopie le 24 mars et plutôt en vitesse... sous la pression intense du gouvernement, largement épaulé par une ambassade que je ne nomme toujours pas mais qui ne perd rien pour attendre ;-), pas la française évidemment.

Les visiteurs peuvent me joindre à l'adresse  : addisferenji@hotmail.fr

et continuer à signer notre pétition en français (petition : see English translation)



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