Il a souvent été fait référence au monde d'Orwell et à son visionnaire
1984 sur ce blog et la réalité rejoint encore une fois la fiction.
TOUTES les écoles publiques sont fermées pendant deux semaines et ce
dans tout le pays, pour servir la propagande gouvernementale.
De hauts responsables du parti s'adressent aux professeurs des écoles, lycées et collèges par le biais d'écrans -ici, on les appelle plasma et c'est ce que les élèves cassent en priorité quand ils s'énervent. Dans chaque établissement, un "chairman" préside les séminaires politiques et réécrit l'histoire du pays au bénéfice de son parti, l'EPRDF.
Je ne suis pas au fait des subtilités de la dialectique locale mais l'argument principal consiste à charger les régimes passés et notamment le défunt empire de toutes les abjections dont se rend coupable le nouveau. Une aristocratie amhara contrôlait le pays et son économie au détriment des autres ethnies. Notez que c'est toujours le cas... sauf que maintenant, ce sont les tigréens qui s'en mettent plein les poches. Dans sa grande mansuétude et son immense intelligence, le grand Timonnier, le Fürher incontesté a instauré le fédéralisme, une démocratie respectant les spécificités des nationalités éthiopiennes... une foutaise qu'un gosse de trois ans ne goberait pas. Les totalitarismes et dictatures en tout genre sont fameux, depuis Orwell, pour leur rhétorique tordue mais là, on atteint des sommets.
De fait, plus centralisateur que le
TPLF (1), tu meurs et la démocratie ici se dispense par balles, s'enseigne à coup de matraques et d'arrestations arbitraires.
Les enseignants sont rémunérés pour assister à ces lavages de cerveau de groupe,
2€ par jour. Cela vous semble peu mais c'est proportionnel à leurs salaires, misérables et tout cela finit par coûter fort cher au détriment d'écoliers qui pendant ce temps... n'étudient pas.
Mieux, ce genre de luxe se paie avec les sous des contribuables de nos pays, ce qui n'empêche pas le gouvernement et son
DPPA (2) -son agence de prévention des désastres- de hurler à la sécheresse, à la famine et de mendier d'autres millions de $.
Je ne sais pas pour vous, mais cette gabegie m'exaspère... Un rien envie de hurler:
"Basta ! pas en mon nom et pas avec notre fric !"... Vous devriez en faire autant.
La bonne nouvelle, c'est que les enseignants sont aussi
Kinijit (3) que le péquin moyen et qu'ils se rebellent. A la politique de division ethnique, entretenue par le gouvernement pour mieux diviser et affaiblir, ils opposent l'unité. Aux accusations sans fondement, aux lectures orientées, ils rétorquent en citant l'histoire européenne ou un passé national plus glorieux.
A ce propos, les éthiopiens sont un peuple très littéraire, ils se délectent à l'échange d'idées, aux débats courtois et controverses historiques. Les cadres du parti au pouvoir eux se distinguent souvent par la grossièreté, l'ignorance crasse et une propension marquée à l'insulte et la menace. Je sais, je suis souvent la cible de leur prose ordurière, en
Ethioblog.
Bref
Big Brother, si on lui en donne les moyens, ne va pas tarder à poser des caméras et plasmas partout et s'adressera bientôt sur écran géant à la population en grondant:
"Faites attention, le frangin vous regarde.." La petite lucarne ne lui suffit plus.
Avant de mourir d'ennui, la bonne nouvelle -et de source sure -, est la suivante: leurs séances de rééducation, les profs s'en balancent et ne leur envoient pas dire. Cela nous promet du sport dans les prochaines semaines. D'ailleurs, on s'y prépare et des pamphlets circulent. Je ne suis pas autorisée à en dire plus, on vous réserve la surprise. ;-)
Quelques news en vrac avant de vous quitter: Addis black-out: C'est la ville entière qui a été plongée dans le noir dimanche dernier un peu avant minuit pour deux bonnes heures et les rumeurs vont bon train puisqu'aucune explication n'est avancée par l'EDF locale. La plus plausible néanmoins est celle du transport massif des troupes stationnées ici vers d'autres contrées.
En effet, les tueurs ont déguerpi, provisoirement bien sûr. Oh, il y a bien quelques patrouilles mais pour l'essentiel leurs baraquements sont vides, j'ai vérifié. Où sont-ils allés? On parle de la région Wollega ou de Gondar... je continue à "investiguer".
Combat armé ou pas ? C'est plus que probable mais pas moyen de joindre qui que ce soit dans les villes incriminées. Un des grands trucs du gouvernement, c'est de brouiller les communications quand çà chauffe. Je ne renonce pas à en apprendre davantage sur les déjà mythiques "combattants de la liberté" qui auraient commencé à opérer. La population les soutiendra massivement, l'histoire se répète...
Et puis parce que mon meilleur contributeur (et ami) me manque cruellement, je vous rappelle que mes potes sont accusés de terrorisme.
Addis Ferengi
Le coin de l'amitié
Ayele est emprisonné depuis 10 jours, il n'est coupable de rien et inculpé de "que dalle!"
Berhanu est emprisonné depuis 20 jours, il n'est coupable de rien et inculpé de "que dalle!"
Frezer, enceinte de trois mois, est emprisonnée depuis 20 jours, elle n'est coupable de rien et inculpée de "que dalle!"
Voici la porte:
(1) Le
TPLF est le front de libération du Tigraï, arrivé au pouvoir après Mengistu, par les armes... Il le conserve de la même façon.
(2) DPPA, en gros, agence de prévention des désastres, de grands comiques...
(3) Kinijit, supporter de la CUD, principal parti d'opposition et par extention, dissident.
Commentaires