Il y avait un moment qu'on l'attendait !
En Septembre, une rumeur, bien vite confirmée, a circulé à Addis au sein de la communauté internationale, le
rapport des observateurs des élections éthiopiennes de Mai 2005 ne serait pas publié, il était trop embarassant pour Meles Zenawi, qu'on avait décidé de soutenir.

De fait,
Anna Gomez, chef de la mission d'observation se voyait refuser son visa d'entrée. Le Premier Ministre ne tarit pas d'insultes à son égard au point d'affirmer qu'elle est la responsable des tueries de Juin et de Novembre.
Ici, Anna... on l'appelle
Gobez, la forte, l'intelligente, la courageuse.... et on l'adore. Enfin quand je dis on, je parle des Ethiopiens bien sûr... et de moi. Les Ferenj -étrangers- l'ont massacrée joyeusement
(1)...
Son obstination a payé et le rapport vient d'être rendu public à Strasbourg, signe assez infaillible que les derniers crédits européens dont disposait le dictateur préféré de nos gouvernements sont au plus bas.
Je ne suis pas parvenue à trouver la version française sur le net. Vous pouvez télécharger l'anglophone à l'adresse
http://www.ethioforum.org/images/FinalReport.pdfMalgré une mauvaise crêve qui diminue grandement mon potentiel intellectuel

... je n'ai pu résister à quelques mauvaises traductions. Simplement parce que je me sens beaucoup mieux, juste à la lecture de:
Pendant la campagne électorale
"Nevertheless the opposition alleged widespread intimidation and arrests of its supporters. Often, intimidation in the rural areas included threats with land dispossession and deprivation of fertilizers or food assistance. The EU EOM was not able, for logistical reasons, to verify all these allegations, but could confirm most cases that it looked into. For example, observers confirmed arrests and imprisonment of CUD candidates in Debre Tabor/Gonder, in Betucha Angalo/Oromia and in Addis Ababa. In Gambela, 52 supporters of independent candidates were arrested under the charge of ‘hooliganism’. In Gebre Guracha/Oromia 12 supporters of the opposition ONC were imprisoned. The EU EOM recorded no arrests of EPRDF supporters for campaing offense."
"L'opposition a cependant dénoncé des cas répandus d'intimidation et d'arrestation de ses partisans. En zone rurale, ces tentatives d'intimidation se traduisaient par des menaces d'expulsion de leurs terres, de privation de fertilisants ou d'aide alimentaire. Pour des raisons logistiques, la mission n'a pu vérifier l'ensemble de ces allégations mais peut en confirmer certaines. Ainsi, des candidats de la CUD ont bien été arrêtés à Debre Tabor/Gondar, Betucha Aangalo/Oromia et à Addis Abeba. A Gambela, 52 partisans de candidats indépendants ont été incarcérés et accusés de "hooliganisme". A Gebre Guracha/Oromia, 12 supporters de l'ONC ont été emprisonnés. La mission n'a enregistré aucune occurence d'arrestations de partisans de l'EPRDF au titre de délits commis au cours d'une campagne électorale."
Le jour des élections
"Across the country, almost all EU observers received reports from opposition party representatives alleging intimidation of their supporters and candidates by government or EPRDF representatives, including threats against their lives, beatings, presence of militia, arrests, etc. In some cases observers were given detailed accounts by persons who alleged that they were victims of intimidation, including violence. Some 20 per cent of EU LTOs spoke to election officials who reported that they were fearful of negative reactions against them if the EPRDF did not win in their area. As many of the officials held government jobs, they were particularly concerned about their professional future. In a few cases, in areas where opposition won, they expressed fear for their lives, because they felt they would be held responsible for the results."
"Dans tout le pays, presque tous les observateurs ont rapporté les propos des partis d'opposition, affirmant que leurs partisans et candidats étaient intimidés par le parti au pouvoir et que ces tentatives d'intimidation se traduisaient par des menaces de mort, des passages à tabac, la présence de milices (à proximité des urnes). 20% des observateurs rapportent que les responsables des élections craignaient des représailles de la part de l'EPRDF si ce dernier ne l'emportait pas dans leur circonscription. En tant que fonctionnaires, ils étaient particulièrement inquiets pour leur futur professionnel. Dans quelques cas, dans des zones où l'opposition l'emportait, ils ont exprimé des craintes pour leur vie, considérant qu'ils seraient tenus pour responsables du résultat."
Après les élections
"On 5 June, incidents started at the University of Addis Ababa and spread, the next day, to other parts of town. According to the Police, on 6 June, 520 students were arrested in the campus and more than 50 “vagrants” were arrested elsewhere. On 7 June, army, police and armed militia trucks patrolled the city streets day and night. On 8 June, demonstrations took place in Addis Ababa in which the security forces killed at least 36 persons. (...) Following the demonstration and killing of demonstrators, the government conducted a wave of arrests, some directly connected to the demonstration, others without any obvious connection. The exact numbers are controversial and cannot be ascertained in absence of official figures, but were in the thousands. In late June, Federal Police stated that 3,132 people were held at one prison (Ziway, near Addis Ababa), of which 2,665 would be released. High school children were among those detained, some of whom informed the EU EOM Chief Observer that they had been picked up at their homes late at night."
"Le 5 Juin, des incidents éclatèrent à l'université de Addis-Abeba et se propagèrent, le lendemain, dans d'autres parties de la ville. D'après la Police, 526 étudiants furent arrêtés le 6 Juin ainsi que plus de 50 "vagabonds". Le 7, l'armée, la police et des milices armées patrouillaient nuit et jour dans des véhicules blindés. Le 8, les forces de sécurité réprimaient des manifestations et causaient la mort d'au moins 36 personnes. (...) Suite à ces manifestations et tueries, le gouvernement lança une vague d'arrestations, certaines directement liées aux faits, d'autres sans rapport évident. Le nombre de personnes arrêtées est soumis à controverse en l'absence de chiffres officiels. Fin Juin, le gouvernement affirmait que 3 132 personnes étaient detenues au seul camp de Zwaye dont 2 665 seraient relâchées prochainement. Des lycéens figuraient au nombre des détenus dont certains ont raconté au chef de mission qu'ils avaient été râflés à leur domicile, au milieu de la nuit."
Les investigations sur les fraudes électorales
"The complaints investigation process took place in the context of serious violations of human rights and freedoms, namely of opposition leaders and suspected supporters. This undermined the opposition’s ability to participate effectively in the process, independently of their competence to argue their case: material evidence was unobtainable because detained or fearful witnesses were unable to testify and, in one case, an important witness was killed. The climate of threats and intimidation was maintained throughout the complaints investigation process. EU EOM observers reported cases, where militia, police or armed forces were present around the location of the hearings. Also opposition witnesses were arrested before or after they testified in front of the panel, and many witnesses or opposition supporters reported to the observers that they were threatened in various ways, as it happened in Albuko and Eteya constituencies."
"Le processus d'investigation des fraudes électorales s'est déroulé dans un contexte de sérieuses violations des Droits de l'Homme et des Libertés des chefs de l'opposition et de leurs partisans. Ceci a sérieusement grevé leur capacité à participer activement au processus, indépendamment des moyens dont ils disposaient pour défendre leur position: la production de preuves dépendait de témoins incarcérés ou effrayés. Dans un cas, un témoin important fut assassiné. Ce climat de menaces et d'intimidation a caractérisé l'ensemble du processus. Les observateurs de l'Union Européenne ont rapporté la présence de miliciens, de policiers ou de forces armés à proximité de l'endroit où se déroulaient les audiences. Certains partisans de l'opposition ont été arrêtés avant de pouvoir témoigner ou juste après, beaucoup ont affirmé avoir été menacés de différentes façons, notamment à Albuku et Eteya."
... Ces quelques extraits fort passablement traduits ne sont que des "best-off", je vous recommande la lecture de l'ensemble. Le rapport est en dessous de la réalité bien sûr, c'est un rapport professionnel...
Avant de vous quitter, une fois n'est pas coutume ;-)
J'ai une gueulante personnelle à pousser... Je me suis faite insulter par des Français... Je veux dire, j'estime qu'il est compréhensible de recevoir des réactions violentes lorsqu'on prend position sur des sujets sensibles, la dictature en Ethiopie par exemple. Je tolère volontiers quelques explosions de haine de la part des partisans de l'EPRDF en Ethio-blog, les pauvres défendent leur bifteak... mais de la part de Français... MERDE et qu'on se le dise !
Re-situons le contexte: le rapport de l'Union Européenne sort avec au moins 6 mois de retard parce que nos gouvernements et nos ambassades ont voulu sauver la mise à un parti corrompu et sanguinaire.
Entre temps, des centaines d'Ethiopiens au moins ont été assassinés, des milliers emprisonnés et les leaders de l'opposition risquent la peine de mort.
A Addis, où je vis, des exemplaires plus ou moins répugnants de diverses nationalités m'ont expliqué, sentencieux... en long, en large et en travers... que:
"Meles était là pour encore 5 ans parce que les Etats-Unis en avaient décidé ainsi"
"Finalement ces gens étaient tout juste sortis du Moyen-Age et que la démocratie était le dernier de leurs besoins immédiats"
"Que c'était normal, c'était l'Afrique, c'était comme çà partout, donc il n'y avait aucune raison de s'énerver"
Je vous passe volontairement les menaces voilées et les propos les plus racistes.
Maintenant, m'entendre dire par les mêmes ou peu s'en faut...au milieu d'attaques personnelles intolérables... qu'eux au moins, en retapant le plafond de trois écoles, en se sentant exister à travers trois "bonnes oeuvres" hypothétiques... ont VRAIMENT contribué au bien-être de ce pays, sachant qu'il y a un peu plus de 10 mois maintenant qu'ils ferment leurs gueules sur les violations quotidiennes des Droits de l'Homme au motif que les partis d'opposition seront pires....
Maintenant donc, entendre ce genre d'âneries me gonfle.
Je suggère aux vieux coloniaux racistes de rejoindre leur banlieue.
Je trouve décidément que l'idée de quelques militants de Tegbar de repeindre leurs bagnoles à coup de croix gammées est excellente même si les Ethiopiens sont trop bien élevés et hospitaliers pour le faire en vrai... Ils devraient!
Je persiste et signe... et bon vent !
Addis Ferengi
(1) Je sais ! Je suis une Ferenj.
Ayele est emprisonné depuis 36 jours, il n'est coupable de rien et inculpé de "que dalle!"
Berhanu est emprisonné depuis 46 jours, il n'est coupable de rien et inculpé de "que dalle!"
Bien qu'ils soient accusés de "terrorisme"... la Cour a ordonné leur libération pour "manque de preuves" contre caution de 50€ chacun le 7 mars.
Voici la porte:
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