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Son Excellence M. Stéphane Gompertz, ambassadeur de France à Addis et tous ses confrères

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Le blog d'une EX-expat ou la chronique déplaisante d'une dictature ordinaire.

 L'Ethiopie se débat toujours dans une tourmente post-électorale et l'EPRDF, parti au pouvoir, a annoncé sa victoire aux élections de mai 2005, victoire acquise par l'intimidation, le meurtre et la fraude.

Vous trouverez ici un rappel des événements, quelques infos sur la situation des Droits de l'Homme, la répression, la violence d'Etat, les assassinats de Mercato et les exactions d'un régime soutenu, dans l'indifférence générale, par les pays riches qui malgré, quelques vertueuses indignations de façade, préfèrent la stabilité politique à une démocratie bouillonnante.

Je vous suggère de consulter, avant de parcourir  les billets d'humeur au jour le jour, les catégories chronologie des événements et Ethiopie, quelques faits  et surtout mes portraits de dissidents, histoire de vous briefer sur la répression sanglante, les droits de l'Homme, la liberté de la presse, l'indépendance du National Electoral Board et les fraudes électorales.

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Samedi 13 mai 2006
Chers lecteurs, je sais que je vous ai négligés récemment et je m'en excuse d'autant plus que le blog enregistre désormais entre 8 et 10000 visiteurs mensuels. Merci de votre confiance.

Je préfère ne pas connaître les performances exactes de son petit frère en anglais. J'ai bien assez de pression.

J'ai réalisé tardivement que j'étais devenue bien malgré moi une sorte d'héroïne de la Diaspora éthiopienne et les invitations et demandes d'interviews affluent tout comme des témoignages d'affection bouleversants. Pas question de les laisser tomber.

Le Courrier de Genève a publié un excellent papier après mon passage, vous en trouverez une version scannée en cliquant sur ces liens.

Première page
Courrier 1
Courrier 2

La CUD londonienne "Kinijit support group" m'invite à m'exprimer demain à Londres, avec entre autres, Anna Gomes, chef de la mission européenne d'observation des élections de mail 2005 et deputé européen, Martin Hill d'Amnesty International, Ato Obang Metho représentant du peuple Anuak et témoin de génocide.

Le lendemain nous partirons tous quatre pour Strasbourg et participeront à une audience exceptionnelle du parlement européen intitulée: Ethiopie, un an après les élections.

Je n'ai pas l'intention d'y mâcher mes mots. Je boucle donc mes valises, une peur au ventre, celle de décevoir mes amis.

Il est évident que je ne saurais être anonyme plus longtemps. Bien que j'aime que l'on m'appelle AF, Addis Ferenj ou Marie, mon prénom de naissance, je suis pour l'état-civil Nathalie Amiot, née en Bretagne en avril 1966. Je suis mariée depuis 11 ans et ai un petit garçon de 8 ans et demi. - Il tient beaucoup au demi ;-) -

Voici à quoi je ressemble.


Et merde aux Woyane et à leurs alliés !

Souhaitez moi bon courage !

J'en aurai des choses à vous raconter ! à mon retour mercredi... après un petit repos mérité.


Addis Ferengi


Berhanu Haile a été condamné à 5 ans d'emprisonnement sur la base d'accusations forgées par le régime en place. Son seul crime est d'être un dissident. Il a été arrêté le 27 Janvier dernier. Il est père et mari.



Par Nth - Publié dans : Addis (et ailleurs) au jour le jour
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Jeudi 11 mai 2006
Mon prochain post vous dira pourquoi j'ai négligé le blog les temps derniers mais il était écrit que mon ami Ayele , bien qu'il se trouve toujours en Ethiopie, montrerait plus de courage et déciderait de témoigner à visage découvert avant moi.

Il y a un moment que nous n'avons pas partagé un Kitfo (1) dans un de nos restaurants favoris. Ayele Angelo est membre du comité central de feu la CUD (2) et était candidat en zone Shaka dont il est originaire. Il a été arrêté le 6 février 2006 et relâché just après mon départ précipité. 

A propos, mon mari affirme, bien qu'il se refuse à citer la source (3), que ma propre arrestation était prévue le 31 mars. Un barrage de la police dressé à proximité de mon domicile aurait fouillé ma voiture et j'aurais été trouvée en possession de cocaïne. L'information est trop précise pour n'être pas crédible, non ?

J'ai longuement hésité avant de reporter ma dernière conversation avec Ayele mais il a insisté pour que je mette en ligne en affirmant: «C'est mon droit.»

Je suis fière d'avoir un si courageux ami.

Il dit qu'il se fiche d'être à nouveau emprisonné pour avoir "parlé à Addis Ferengi". Il dit que le pays lui-même est une prison, que dehors ou dedans font peu de différences. Il dit qu'il n'a même pas peur de mourir puisqu'il a déjà dépassé l'espérance de vie moyenne de son pays. Ayele a 46 ans. Il m'a l'air un peu déprimé.

L'ONG nationale Mary Joy pour laquelle il travaillait en tant que Directeur de Programme vient de le virer, officiellement pour avoir été absent plus de 30 jours -et pour cause !-, officieusement sous la pression de cadres du régime.

Il a ensuite été contacté par ses anciens amis qui eux, ont depuis longtemps choisi de collaborer avec le parti au pouvoir plutôt que d'être persécutés. Il dit que les tractations pour former une nouvelle CUD continue, que son propre parti l'EDP rejoindra sous peu les ambitieux qui siègent au parlement. Il dit que l'EPRDF (4) manipule tout cela mais que leur tentative pour faire de lui un laquais ont pitoyablement échoué.

Il dit qu'Addis est calme, un calme effrayant. On fait la queue aux stations service pour de l'essence et du kérozène. Le gouvernement est à cours de devises étrangères et on craint une pénurie. De plus, les prix sont censés augmenter de, respectivement 25% et 14%, une tragédie pour les familes modestes déjà durement touchées par l'inflation.

Tegbar appelle à nouveau à une campagne de désobéissance civile cette semaine mais Ayele ne pense pas que l'appel soit suivi. Les Addissois sont trop occupés à survivre.

Mais surtout... nous avons parlé de son expérience à Maeklawi... la prison du "Central Investigation Office" de la police fédérale. Ce fut éprouvant... Je me sens coupable de son arrestation tout comme il se reproche mon départ forcé. Nous avons travaillé ensemble plusieurs mois et sa contribution au blog a été essentielle. Ils l'ont accusé de terrorisme ! C'est juste un mec bien.

Nth: Alors raconte-moi comment c'était... dedans.
AA: Les conditions sont épouvantables. Nous étions plus de 200 prisonniers et un seul d'entre nous était autorisé à se rendre à l'hôpital chaque jour.
Nth: De quelles maladies souffrent les détenus en général ?
AA: Tu sais, toux, diarhées... La nourriture est infecte. Sincèrement, j'ai voyagé dans tout le pays et je n'ai pas pu indentifier l'endroit dont venait cette injera là. Je n'y touchais pas, j'avais ma propre nourriture.
Nth: Je suppose qu'ils ont besoin de soins médicaux pour avoir été tabassé aussi, non ?
AA: Oh bien sûr,  jambes, mains cassées
Nth: Ils ont osé te toucher ?
AA: J'étais protégé parce que tu venais mais d'autres étaient moins chanceux. Un des prisonniers m'a même dit qu'ils utilisaient des electro-chocs.
Nth: Donc  ils torturent... Mais pas toi ?
AA: Ils m'ont frappé une fois pendant notre grève de la faim, un coup violent, je suis resté inconscient pendant plusieurs minutes. C'était ton dernier dimanche (5) à Addis, ils savaient que tu étais dehors et cela les énervait. Ils n'ont pas autorisé les prisonniers en grève de la faim à recevoir des visites ce jour-là mais tu attendais à l'extérieur et cela les rendait fous de rage.
Nth –décomposée- : Oh mon Dieu…

Nth: Parle-moi de votre grève de la faim.
AA: Oh ! Un grand succès largement suivi. Même les prisonniers de droit commun se sont joints à nous manifestant ainsi leur respect pour notre combat.
Nth: Comment ont-ils réagi ?
AA: Cela les a rendus dingues tu penses. Ils ont envoyé 25 d'entre nous au mitard, the "dark room".
Nth: Combien de temps a duré votre grève de la faim ?
AA: Du vendredi 17 mars au jeudi suivant.
Nth: Ils t'ont interrogé,  j'imagine.
AA: Oui, mon interlocuteur était le commissaire adjoint et la plupart de ses questions te concernaient. J'ai fait de mon mieux pour te protéger mais quand j'ai su qu'ils t'avaient obligée à partir, je me suis senti coupable.
Nth: Laisse tomber ! Ils savaient parfaitement qui j'étais. Qu'est-ce qu'il demandait ?
AA: Tu connais  Addis Ferengi ? Est-ce qu'elle s'appelle Nathalie ? Quand l'as-tu rencontrée ? Combien de fois vous êtes-vous vus ou appelés ? Des trucs comme çà...
Nth: Et ces enflures t'ont relâché le jour de mon départ !
AA: Oui, le 24 Mars à 15h30.
Nth: Mon avion a décollé à midi...

Nous avons continué à bavarder bien sûr mais le reste de notre conversation est privé. Ayele a voulu que vous sachiez, il a pris de grands risques ce faisant. S'il vous plaît, faites suivre et tenez-vous prêt à le protéger au besoin.

Addis Ferengiplus anonyme du tout puisqu'elle se prépare à affronter son public. Mon propre "coming out" suit.


(1) Kitfo steack tartare local, très épicé
(2) CUD principal parti d'opposition
(3) Probablement son ambassade... il a de mauvaises fréquentations.
(4) EPRDF, parti au pouvvoir
(5) J'ai apporté à Berhanu et Ayele des jus de fruits et de légumes cejour-là  pendant leur grève de la faim. On peut tricher un brin ;-) Oublié de demander s'ils les avaient reçus.


Berhanu Haile a été condamné à 5 ans d'emprisonnement sur la base d'accusations forgées par le régime en place. Son seul crime est d'être un dissident. Il a été arrêté le 27 Janvier dernier. Il est père et mari.





Par Nth - Publié dans : Portraits
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Lundi 1 mai 2006
Je culpabilise de ne pas poster régulièrement mais mes lecteurs ennemis continuent de suivre mon journal en anglais et lancent des cris de victoire du genre "elle s'est enfin tue !" quand une simple mais bonne bronchite embrume mon cerveau et me garde au lit.

Acceptez ces humbles fleurs à titre d'excuses et mes voeux de premier Mai, pas de muguet dans ma campagne mais des brassées de fragiles coquelicots.









Mes amis addissois ont été peu loquaces cette semaine, la ville semble calme, ce qui ne signifie pas grand-chose et surtout pas que cela durera. Je les ai relancés de quelques questions et vous tiendrai au courant. Les 'donneurs" ont encore fait des leurs, costard sur mesure en vue ;-)

D'ici là quelques anecdotes frappantes,  extraites et traduites de la lettre d'un courageux et anonyme ami.

C'est pas des intellos !

"Je revenais de J. début avril. Je n'y avais remarqué rien d'anormal sinon qu'un militaire m'avait interdit de prendre en photo le pont G. Lorsque je lui ai demandé pourquoi, il m'a répondu: "On m'a dit de le faire"'. 





Quand une bombe s'avère n'être qu'une radio, puis finalement une bombe...


"Un de mes amis a conduit un officer de la police fédérale dans le quartier de Saris où un objet suspect avait été signalé. L'équipe d'artificiers, les feds et plein d'autres se trouvaient déjà sur les lieux avec un reporter appointé par la police et sa caméra vidéo... Plus de 150 badauds s'étaient attroupés autour, on leur intima l'ordre de respecter une distance de sécurité de 100 mètres. Les militaires ont entouré l'objet suspect, enveloppé de papier journal et en partie recouvert par un bout de carton. Un courageux fed a fini par soulever le carton, le cercle s'est resserré autour du paquet. Environ 30 minutes plus tard, il l'a saisi et ouvert. C'était une radio et la foule rassemblée s'est mise à rire. Les fédéraux s'enquérirent du propriétaire de la radio. C'est un pauvre gars, handicapé mental. Ils l'ont interrogé... Il a répondu que la radio lui appartenait et qu'il l'écoutait chaque fois qu'il pouvait se procurer des piles. Qu'écoutait-il ?  Des chansons... Les feds ont rossé le pauvre sans abri devant des curieux silencieux et dégoûtés.

Mon ami a découvert un peu plus tard que le policier-reporter s'était vu intimer l'ordre de rapporter qu'une tentative d'attentat avait été déjouée. Ces cadres de propagande et ces officiers militaires sont probablement fatigués de raconter des mensonges aussi éhontés mais ils craignent de s'attirer les foudres du régime en démissionnant, ils disent qu'ils seront pourchassés et finalement assassinés, ainsi que toutes leurs familles. Les plus courageux se sont déjà tirés...

L'histoire m'a marqué et j'ai décidé de la vérifier. Sur les lieux, deux témoins me l'ont confirmée en ajoutant qu'en revenant le même soir, je pourrais entendre bien d'autres récits. Inutile de te dire que je n'y suis pas retourné."

Quand la désertion devient un acte de bravoure

"En revenant de J., j'ai rencontré un ex-officier fédéral. Il m'a confié qu'il avait "disparu' en Janvier dernier lorsqu'il avait réalisé ce que faisait le gouvernement de ce pays. Depuis, il a bougé un peu partout, dans des lieux où on ne le chercherait pas. Il était en route pour Dire-Dawa puis Djibouti. Il ne m'a pas raconté cela tout de suite, tu penses bien mais le bus est tombé en panne après cinq heures de route. Je me suis assis sur un rocher à mâchonner du sucre de canne, il m'a rejoint et nous avons parlé politique. Il a mis du temps à se livrer, il a fallu que je lui montre mes papiers lui prouvant que je n'étais pas un citoyen éthiopien. Par contre, il a refusé de me raconter ce qu'il avait du faire à son poste."

Quand le boycott devient un acte de bravoure

"Le bus s'est arrêté à Wolkite. Ethiopian TV diffusait un programme folklorique. Au moment du journal, le garçon a éteint les deux téléviseurs du bar et du restaurant. Un client s'est plaint et s'est vu répondre: "Nous n'écoutons pas de mensonges dans cette partie du pays".

Quand tout un peuple est fatigué des mensonges

Il y a quelques semaines, je prenais un café du côté de la place du Mexique. Le Premier Ministre faisait un discours à la télé mais personne n'écoutait. Cela m'a tellement frappé que j'ai fait quatre autres établissements. Je n'ai vu qu'un seul individu attentif à ce que Meles racontait !"

AF... still on board ;-)

Berhanu Haile a été condamné à 5 ans d'emprisonnement sur la base d'accusations forgées par le régime en place. Son seul crime est d'être un dissident. Il a été arrêté le 27 Janvier dernier. Il est père et mari.




Par Nth - Publié dans : Addis (et ailleurs) au jour le jour
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Dimanche 23 avril 2006
Ou Joyeuses Pâques  car la Pâque éthiopienne se fête aujourd'hui même quand nous avons eu notre overdose de chocolat la semaine dernière.

Depuis Junior a repris le chemin de l'école et cette rentrée en cours d'année m'a tenue fort occupée. Le jeune homme est aussi résilient que sa mère et s'adapte très vite. Notre nouvelle organisation est presque au point. J'espère que le blog reprendra donc désormais son rythme normal, si mes amis sur place communiquent bien sûr.



Addis et le reste du pays semblaient plutôt calmes en cette semaine précédant les fêtes, en tout cas, j'ai reçu peu de nouvelles et pas un scoop.

Pour Fasika, les éthiopiens ne se gavent pas de sucreries mais de Doro Wat, du poulet et des oeufs servis dans une sauce brun-rouge épicée. Cette année, beaucoup s'en priveront. Le cours du poulet est dramatiquement tombé après des rumeurs de grippe aviaire mais les gens sont décidés à respecter un nouveau boycott.

Le Cheick Al-Alamoudi possède la moitié du pays, les mines d'or, les entreprises de Soda, Pepsi, Mirinda, Seven-up entre autres, les stations d'essence Noc, le Sheraton... La liste en serait trop longue. Il  dispose aussi d'un quasi-monopole sur les poulets et les oeufs. Ces derniers produits n'étaient pas visés jusqu'à présent, ils sont économiques et de bonne qualité... mais que le Cheick profite des rumeurs de grippe avaire pour faire abattre les volailles d'un opposant emprisonné, le Dr Yacob Hailemariam, a déplu. Le milliardaire peut, une fois de plus, aller se rhabiller. Pour Fasika, on mangera du mouton ou du boeuf malgré leurs coûts astronomiques. Jusqu'à 1500 Birr l'ovidé ! 5000 Birr le bovin ! (1) Les prix ont simplement doublé. Les plus pauvres feront la queue chez le boucher pour quelques morceaux ou continueront le jeûne de l'avent. Les autres achèteront une bête en distribuant les frais parmis les voisins et amis.


La police fédérale est toujours postée devant les lycées de la capitale et alternent les uniformes chaque semaine, beige-kaki de la police régulière ou bleu mimétique.des fédéraux. Le contenant lui, ne change pas, des militaires frustes et cruels.

On a bien entendu quelques coups de feu dans le quartier Shola les 12 et 13 avril dernier mais pas moyen d'en savoir plus dans le climat de terreur ambiant... On sait qui tire en tout cas.

L'AFP fait état de nouvelles explosions et de nouveaux morts... dans l'Est et le Sud du pays la semaine dernière. L'AFP ne fait jamais que répéter les propos de la police fédérale. Là encore, on sait qui sont les terroristes. Les Ferenj (étrangers) n'ont fait que répéter tout au long des derniers mois que le gouvernement poserait des bombes pour justifier la répression.

Nos diplomates, qui n'ont plus l'excuse de l'ignorance, s'enlisent dans un politique fatale, fatale pour 'lEthiopie s'entend. Les intérêts commerciaux et stratégiques de nos pays se porteront très bien tant que ce régime monstrueux survivra... Après, adieu veaux, vaches, cochons, barrages, complexes hôteliers, pétrole et contrats jûteux...

De bonne source, la pôôôôvre Vicky Huddleston (1), chargée d'affaire de l'ambassade américaine, accompagnée de notre ambassadeur à nous, Stéphane Gompertz,ont rendu visite aux dirigeants de l'opposition emprisonnés le 18 avril dernier. S'il est tout à fait exact qu'ils mettent le turbo pour obtenir leur très improbable libération -le combat armé menace-, c'est aux conditions dictées par le Premier Ministre, aggravant l'insulte infligée à l'intelligence, le courage et la dignité des dissidents persécutés. On ne siège pas au parlement après des élections truquées lorsqu'on croit dur comme fer en la démocratie et surtout pas lorsqu'on les a gagnées et que le dictateur tape l'incruste.

Le pays ne connaîtra aucune stabilité tant que Meles et sa clique s'accrocheront à leurs privilèges et à leur corruption, le combat armé s'amplifiera et les explosions sporadiques de colère populaire continueront d'être matées dans des bains de sang. Il ne faut pas être grand clerc pour le prédire.

Je vous reviens bientôt avec des nouvelles fraîches et Melkam Fasika ! malgré tout.

AF




(1) Qualité premier choix.
(2) Les Ethiopiens sont tolérants, ouverts et pacifiques et plutôt bien disposés envers les occidentaux jusqu'à un certain point... Ils ont aussi une façon de bien à eux de vous dire vos quatre vérités en souriant respectueusement. Ne vous y trompez pas. La pôôôôôvre Vicky est unanimement haïe. Woizero Birtukan Mideksa, jeune femme brillante et charmante, n°2 du principal parti d'opposition, la CUD... ne le lui envoie pas dire...  dans sa lettre écrite de la prison de Kaliti, respectusement bien sûr. ;-)

Berhanu Haile a été condamné à 5 ans d'emprisonnement sur la base d'accusations forgées par le régime en place. Son seul crime est d'être un dissident. Il a été arrêté le 27 Janvier dernier. Il est père et mari.




Par Nth - Publié dans : Addis (et ailleurs) au jour le jour
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Mardi 18 avril 2006
Reçu le 5 Avril:

“Dilla - région Sud - et la zone Guji en Oromia sont particulièrement agitées. Les communautés ont encore saccagé les mines d'or du Cheick Al-Alamoudi (1) à Shakiso et Legedembi en zone Borena. Cette fois les activités minières sont interrompues, seuls les bureaux sont opérationnels.

A Dilla, le conflit ethnique a été délibérément provoqué par l'EPRDF -parti au pouvoir-. On raconte qu'un "chrétien" aurait utilisé des pages du Coran... à des fins d'hygiène intime.

La situation est extrêmement tendue, taxis et transports ne roulent plus.

L'envoyé des Etats-Unis, Donald Yamamoto, a rendu visite aux dirigeants de l'opposition dans leurs cellules la semaine dernière. Curieureusement, il a reconnu pour la première fois la necessité de leur libération prochaine et proc$mis d'agir en ce sens. Nos leaders démocratiquement élus ont réaffirmé à cette occasion qu'ils ne siègeraient en aucun cas au parlement, même s'ils étaient acquittés.

Tristes nouvelles de Berhanu reçues le 5 avril :

“Berhanu est désormais emprisonné à Masha et condamné à 5 ans. Bien sûr les accusations sont fantaisistes et ont été fabriquées il y a deux ans. Comme ils (l'EPRDF) ne pouvaient maintenir son incarcération sur la base des charges de son dossier à Addis (2), ils ont simplement accéléré la procédure en zone Shaka.”

Je sais que ces amis feront le maximum pour le sortir de là. Je vous tiendrai régulièrement informé et posterai désormais chaque fois:

Berhanu Haile a été condamné à 5 ans d'emprisonnement sur la base d'accusations forgées par le régime en place. Son seul crime est d'être un dissident. Il a été arrêté le 27 Janvier dernier. Il est père et mari.





Nouvelles du 8 avril

"• Muluneh Eyoel - Secrétaire Génral de la CUD (3) - a été transféré de la prison de Kaliti hier. Bien que les autorités pénitentiaires aient affirmé qu'il se trouvait désormais à Kerchele - une autre prison près de l'Union Africaine, vers Mexico - ses amis ne l'y ont pas trouvé. Il semblerait qu'on l'ait puni pour avoir porté un T-shirt au logo de la CUD. Sommé de l'enlever, Muluneh s'est rebellé. Tu imagines la suite sans mal.
• Les conflits provoqués par l'EPRDF à Dilla, Guji and Awassa sont toujours en cours.
• En Oromia, les affrontements continuent tout comme les meurtres des protestataires par les troupes de l'EPRDF.
• Les étudiants et lycéens protestent comme d'habitude en région Amhara, dans le Sud et en Oromia. Dans la dernière région, ils descendent le drapeau de l'OPDO (4) pour le remplacer par celui de l'OLF (5).
• Les explosions de Addis se propagent. Plusieurs ont été entendues en Oromia la semaine dernière. Nouveau prétexte pour emprisonner en masse les Oromos, en les accusant d'être menbres de l'OLF.
• A Shakiso et Legedembi, les protestations se sont prolongées et les mines d'or sont fermées.
• Des ambitieux de feu la CUD (6) tentent de former un parti du même nom, contrôlé par le pouvoir en place, afin de prendre en main l'administration de la ville de Addis-Abeba, dernière stratégie en date de Meles Zenawi.
• Il y a peu de différences aujourd'hui entre Addis et sa prison centrale. Où que tu ailles, c'est simplement dégoûtant, la ville est infestée de bérêts rouges armés et de policiers fédéraux. La tension est palpable, comme toujours depuis les élections de Mai 2005."

Nouvelles du 10 avril, source Ferenj

Les conflits ethniques, délibérément provoqués par l'OPDO -voir note 4- se propagent. Certaines ambassades ont été informées par leur personnel sur place d'affrontements sévères à Raïtu - Oromia-. Quant au Premier Ministre, il aurait été extrêmement clair sur le sort qu'il réserve aux leaders de l'opposition: "Ils pourriront en prison" aurait-il affirmé. Cette phrase figure dans une communication confidentielle mais officielle à destination d'un gouvernement européen. Ils seraient temps que nos pays occidentaux cessent de prétendre qu'ils obtiendront jamais leur libération. Ils ne conservent aucune illusion sur la véritable nature du régime.


Un ami en danger

Quoique que j'écrive ou dise ne pourra qu'aggraver la situation. Je recommande néanmois aux rares Woyane dominant le français qui viennent ici de LUI FOUTRE LA PAIX!

La suite très bientôt...

AF

(1) Cheick Al-amoudi, milliardaire corrompu, supporter acharné d'un régime qui ne l'est pas moins.
(2) Le dossier de Berhanu à Addis est en ligne. Voir post du 1er Avril.
(3) CUD - Principal parti d'opposition démantelé.
(4) OPDO - Parti dit Oromo, marionnette du pouvoir en place
(5) OLF - Oromia Liberation Front


Par Nth - Publié dans : Addis (et ailleurs) au jour le jour
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Samedi 15 avril 2006
Mes sources sur place sont formelles.

Entre le Tigrian Peoples Democratic Movement –TPDM- dont on rapporte qu'il est opérationnel et actif dans la région même de la minorité ethnique au pouvoir, l'OLF -Oromia Liberation Front-, l'Ogaden People’s Liberation Front –OPLF-  et le Patriot Unity Front (1), les Patriotes, Arbegnoch Ginbar ou Freedom Fighters ne sont plus l'espoir insensé d'un peuple opprimé mais une réalité quotidienne et donnent du fil à retordre aux troupes fidèles au régime, tout comme à ses cadres, qu'ils assassinent joyeusement...

L'EPPF revendique ses victoires en ligne et les régions de Gambella et de Gondar semblent particulièrement agitées.

Non qu'il faille s'en réjouir d'ailleurs. Je n'ai pas imaginé un seul instant, en commençant ce journal sans prétention sur la situation politique éthiopienne que les choses se détérioreraient à ce point. Je croyais naïvement en la Justice et la Démocratie, en une intervention rapide et efficace des pays riches. Je croyais naïvement que le verdict des urnes serait respecté à court terme. Optimisme aveugle s'il en fut...

Les opposants que j'ai rencontrés avant Novembre 2005, dont certains sont devenus de très chers amis, étaient tous profondément attachés à des valeurs pacifiques et démocratiques. Une répression massive et sanglante, combinée à l'apathie occidentale ont réuni les conditions nécessaires à la naissance du combat armé. L'histoire se répète donc. L'Ethiopie a une longue tradition guerrière... La tentation est forte de céder à ce recours ultime. Je conçois que des hommes prennent le maquis et les armes quand leur mère, fils, frère, femme ou amoureuse ont été cyniquement emprisonnés ou assassinés.

Le combat armé nourrit désormais les UNEs des sites opérant depuis l'étranger, les conversations et l'espoir des "insiders" et déclenche des discussions passionnées dans la Diaspora, dont je fais maintenant partie.

A dire vrai, bien des activistes et expatriés engagés émettent des doutes sur ces Fronts de Libération, récemment créés ou plus anciens, bien des réserves sur leurs dirigants et leurs déclarations de principe. Nous craignons tous que le combat armé ne nous vale au finish qu'un nouveau Meles Zenawi, arrivé de la même façon... Certains de ces groupes sont d'ailleurs en partie financés par le voisin et frère ennemi: l'Erythrée.

Pourtant, bien des membres respectables, rationnels et mesurés de la communauté chuchotent aujourd'hui: "C'est la seule solution qui nous reste..." et affirment qu'ils financeront les guérilleros.

C'est chose faite donc...  Les vieux démons de la vengeance, de la guerre et du sang ont repris du poil de La Bête.

AF

(1) Ma source les nomme ainsi plutôt que 'EPPF.

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Samedi 15 avril 2006
Si rien n'est apparemment officiel, les coopérants sur place sont formels... Le "budget support", quelques centaines de millions d'€ retirés au régime en place après qu'il ait bafoué à peu près toutes les règles internationales en matière de Droits de l'Homme, revient.

Il sera versé aux woredas, divisions administratives et re-baptisé "basic social services". Les "donneurs" affirment qu'ils sont en mesure de contrôler l'usage de ces fonds... J'en doute fort.

Tous les petits chefs de toutes les petites zones vont se déchaîner pour en prendre le contrôle en utilisant les bonnes vieilles méthodes, menaces d'emprisonnement, passages à tabac, quelques assassinats au besoin, pression sur les pauvres, "cash and food for work" devenant travail forcé et aliments détournés... çà fait 14 ans qu'ils font çà... on ne voit pas pourquoi les choses changeraient.

Enfin... Meles survivra quelques mois supplémentaires grâce à cette manne inespérée, finançant ainsi un peu plus de répression, massacrant et emprisonnant... comme d'hab.... La vengeance étant un plat qui se mange froid, nos chers "donneurs" risquent de ne pas trop aimer l'accueil frisquet que leur réservera l'Ethiopie enfin libérée.

Il est en tout cas infiniment trop tard pour espérer jamais le pardon des dissidents. Ils en ont trop bavé. Il fallait agir avant, bien avant...

Le combat des justes continue et l'issue ne fait aucun doute. La Victoire tardera un peu plus, voilà tout.

AF
Par Nth - Publié dans : Addis (et ailleurs) au jour le jour
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Samedi 15 avril 2006

Désolée pour mon absence prolongée, s’installer dans une nouvelle vie requiert pas mal d’efforts, interrompus par mon séjour à Genève.

Avril est frisquet au bord du Lac mais les éthiopiens de la Diaspora qui m’y ont invitée et accueillie ont dans le cœur leur soleil natal. Je ne pourrai assez les remercier de leur hospitalité généreuse.

 Comme le régime éthiopien applique à l’étranger aussi les bonnes vieilles méthodes, espionnage et rétribution – certaines ambassades refusent par exemple de délivrer leurs passeports aux nationaux suspectés de dissidence -, mes nouveaux amis resteront anonymes eux aussi.

 
Ces trois jours ont été plutôt remplis, voici un résumé de nos activités.

 
Organisations internationales rencontrées

FIDH – Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme


Commission Internationale des Juristes





Human Rights Watch
– Une de leur représentante a assisté à notre conférence de presse.

Rendez-vous manqué

Conseil Mondial des Eglises – J’en suis profondément désolée, mon téléphone portable avait décidé de ne pas coopérer avec les Télécoms Suisses.

Contacts pris

OMCT – Organisation Mondiale Contre la Torture



Association pour la prévention de la Torture


Journaux qui devraient sortir un papier

Voix d’Exils




Le Courrier



Tous les mérites de l’organisation vont à
l’Association des Ethiopiens en Suisse, et à  Civic and Political Task Force of Ethiopians in Europe, et ma sincère gratitude à l'adorable  M, Ato K., Tintin, sans Milou ;-), and Y, mon ange guardien pour leur patience et leur gentillesse.

Mission: Travailler à la notoriété de Meles Zenawi en Europe, celle qu’il mérite bien sûr…

Prochains déplacements prévus: Paris, Bruxelles et Strasbourg le 15 mai. J’ai le grand honneur d’être invitée à participer aux audiences du parlement européen consacrées à l’Ethiopie.

Vous verrez que les méchants Woyanes vont bientôt me supplier de rentrer au pays tellement les oreilles vont leur tinter.

Histoire d’exils

Ils sont journalistes, syndicalistes, agronomes, juges et même, anciens ambassadeurs. Ils sont diplômés, cultivés, compétents et honnêtes. Leurs savoir-faire manquent cruellement à un pays qu’ils ont quitté du temps du Négus, de Mengistu ou sous le régime actuel. Ils ont fui la tyrannie, la corruption ou la pauvreté. Ils sont des citoyens ou résidents intégrés et respectés de notre vieille Europe. Ils y ont leur job, leur famille mais ne peuvent oublier notre merveilleuse Abyssinie, nostalgie partagée... A Genève, ils se retrouvent au restaurant Addis-Ababa. L’injera (1) est faite de blé et pas de tef, la céréale nationale, le Kitfo (2) est renommé Tartare mais les saveurs, les accents et les sons sont bien de «chez nous», les conversations aussi, animées et passionnées. On parle de politique bien sûr et Addis Ferenji n’est pas en reste… heureuse de se sentir en famille. Ils m’ont apparemment adoptée.  ;-) Je pense reprendre mes portraits d’Ethiopiens dans les semaines qui viennent, s’ils acceptent bien sûr. Ci-dessous, mes amis lèvent le poing ou forment le V de la Victoire.


Seule ombre au tableau : Des cadres du régime à la table contiguë… Chassez le naturel, il revient au galop ! Parmi les quelques trucs qui ne me manquent pas mais alors pas du tout ! il y a les performances pitoyables d’Ethiopians Télécons, les bérêts rouges et les bêtes en bleu, la police fédérale et les espions des forces de sécurité, qui vous collent aux basques...

Demandeurs d’asile

La Suisse semble avoir rompu avec sa tradition d’hospitalité et sa générosité envers les demandeurs d’asile politique. 37 d’entre eux sont menacés d’une expulsion prochaine. Puisqu’ils sont très actifs dans la vie communautaire, participent aux manifestations devant l’ambassade et sont donc repérés, nous avons de bonnes raisons de craindre pour leur liberté et leur sécurité, une fois sur le sol natal. J’ai accompagné M. au Centre Social Protestant. Les dossiers éthiopiens ne manquent pas mais on nous a très gentiment et efficacement reçus, nous indiquant les voies de recours ultimes. J’espère que ces hommes, pour la plupart de très jeunes gens, éviteront un sort funeste, les prisons sordides du pays sont déjà surpeuplées...

AF, pas calmée mais alors pas calmée du tout.

(1) Injera, grande galette de pain azyme traditionnellement fabriqué à base de Tef, céréale nationale ou de blé... par défaut
(2) Kitfo, le steack tartare national, très épicé

Updates sur la situation de l’intérieur dans les prochains papiers.


Par Nth - Publié dans : Addis (et ailleurs) au jour le jour
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Vendredi 14 avril 2006
Une opération lobbying à Genève, l'arrivée de ma petite famille, des tracasseries administratives et problèmes d'organisation variés ralentissent le blog qui demeure actif, n'en doutez pas...
J'achève les mises à jours de la page en anglais et je vous reviens... pour une journée au moins de mass-posting.

AF
Par Nth - Publié dans : Addis (et ailleurs) au jour le jour
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Samedi 1 avril 2006
Je ne vous promets pas une régularité exemplaire avant l’ADSL mais « lotta continua ! ».

Le V de la Victoire des mes amis: les Kinijit

La semaine de désobéissance civile prônée par Tegbar League du 20 au 25 mars a été un échec à Addis et j’en suis désolée car j’avais fait ma part de distribution de feuilles volantes. La vérité est que les Addissois ont payé trop chèrement leurs dernières rébellions. Les fédéraux ont tiré à vue et descendu des centaines d’entre eux en Novembre. Ne croyez pas les chiffres officiels, j’ai parlé à trop de témoins oculaires rapportant au moins 7 cadavres chacun... Les corps ont été subtilisés et entassés dans des charniers.

La ville est infestée des minables petits gangsters des forces de sécurité. Vous les reconnaissez aisément à leurs baskets achetées duty-free, leurs chaînes en or dignes du plus vulgaire maffioso, leurs sourires arrogants et les téléphones portables qu’ils ont simplement volés à de paisibles citoyens imprudents.

La population voudrait bien bloquer les routes, peindre les voitures, les murs, faire la nique aux Fédéraux, beugler et chanter «Leba, Leba ! Voleur, voleur !». Ils voudraient bien mais y risquent leur peau. Ils ont leur famille, leurs enfants… et je ne vais sûrement pas les en blâmer puisque j’ai couru pour la mienne.

Quelques voitures gouvernementales et bus ont bien subi quelques dommages mais les protestations sont trop facilement étouffées par ces fichus fédéraux, toujours postés, d’après un résident, devant les écoles et patrouillant encore plus qu’à l’ordinaire.

Franchement, je me sentirais nettement mieux quand ma merveille de fils m’aura rejointe dans notre maison de famille. Je n’aime pas qu’il vive dans une ville infestée d’abrutis armés de Kalashnikov, encore moins depuis que le gouvernement s’amuse à y faire exploser des bombes en blâmant l’opposition –emprisonnée- et le méchant voisin Erytréen. Sont cinglés je vous dis… et ceux qui gobent leurs mensonges… genre les US… très certainement décérébrés… ou malhonnêtes…

Jusque là, il ne s’agissait que de quelques grenades et de dégâts matériels. Cette fois ils ont tué… allant jusqu'à placer une charge explosive dans un âne bleu. Les ânes bleus sont les mini-bus de transport collectif à Addis. Ils conduisent comme des ânes et s’en excusent d’un sourire éclatant…. Souvent eu envie de les insulter d’ailleurs mais Addis les adore, ils sont toujours les premiers à se mettre en grève nos équidés Kinijit ! Personne dans l’opposition n’aurait la sinistre idée de s’en prendre à ces camionnettes déglinguées qui assurent la majeure partie des transports urbains. Croyez-moi, si quelques membres énervés et criminels de l’opposition éthiopienne s’en prenaient à des cibles civiles (hypothèse hautement improbable) ils ne feraient pas exploser nos «blue donkeys» mais bien les «Anbessa buses».








J’ai une bonne nouvelle malgré tout, le gouvernement est fauché à tel point que certains fonctionnaires de la région Gambella n’ont pas été payés depuis plus de trois mois. J’ai bavardé dans l’avion avec un charmant voisin, étranger lui aussi, employé par le gouvernement à la prospection d’éventuels gisements de pétrole. Il semblerait que les probabilités d’en trouver soient bonnes encore que son extraction s’avérera difficile dans une zone où une voiture portant la plaque d’immatriculation # 4 a toutes les chances de se faire attaquer après 6 heures du soir par des guérilleros ou « freedom fighters ». Quant à mon nouvel ami, globe-trotter devant l’éternel et reporter à ses heures, témoin de la guerre en Afghanistan ou du génocide Rouandais, nous avions suffisamment de points communs pour qu’il me recommande généreusement à quelques journalistes. Je vous l’ai dit « Lotta continua ! »

Voici donc les dernières nouvelles du pays.

Si Ayele a retrouvé l'air libre le lendemain de mon départ après 8 jours de grève de la faim, Berhanu demeure sous les verrous.

Vous trouverez ci-dessous les documents (en amharic et traduits) prouvant qu’il a été « libéré » sous caution le 7 mars dernier pour faute de preuves.

Documents en amharic  1 & 2

http://addisferenji.net/docs/berhanu1.pdf
http://addisferenji.net/docs/berhanu2.pdf

Traductions 1 & 2

http://addisferenji.net/docs/berhanutranslation1.pdf
http://addisferenji.net/docs/berhanutranslation2.pdf

L’Ethiopie de Meles Zenawi est décidément schizophrène, les braves types en cabane, les terroristes en liberté…

Mes sources continuent à communiquer bien que je m’inquiète pour certaines, apparemment occupées à «rester en vie». L’organisation n’est pas encore tout à fait au point, ils s’adaptent à de nouvelles technologies pendant que les € de ma sim card filent à une vitesse impressionnante… mais çà va le faire très bientôt.

A part quelques voitures et bus gouvernementaux endommagés le 27 mars dernier, Addis est fidèle à elle-même bien que les résidents affirment que les Fédéraux patrouillent davantage et qu’ils sont toujours postés devant les écoles et lycées. Ils ont encore tabassé les élèves de Ayer Tena cette semaine et pour rien. Les gamins étaient en classe, les bêtes sont entrées, ont cogné et sont reparties. Beaucoup de leurs victimes sont blessées.

Dans la nuit du 27 au 28, une explosion a retenti aux alentours de minuit qui demeure inexpliquée.

Pas mal d’élèves de la chic et chère « Sandford school » étaient absents ces mercredi et jeudi. Nous ignorons pourquoi les têtes brunes des cadres du régime ont séché leurs cours, leurs parents ont sans doute quelques « clues ».

Human Rights Watch  a confirmé le meurtre de sang-froid de quatre adolescents à Gondar, descendus par les tristement fameux Federali. Ni les ambassades, ni les résidents étrangers n’ont élevé le moindre murmure de condamnation. En dehors d’une poignée de Ferenj concernés, les «expats» vont probablement me manquer autant qu’Ethiopian Telecom.

L’un de mes rares amis coopérants sur place est désespéré. Les petits chefs des zones, qu’une loi récente a investi de tous pouvoirs, s’acharnent à dérober le moindre petit million de Birr qui passe à leur portée, affirmant qu’ils sont seuls habilités à gérer les fonds de l’Aide Internationale. Mon pote se bat comme un lion pour éviter la gabegie mais les ONG locales n’auront jamais les moyens de résister aux pressions et menaces dont les abreuveront les voleurs.

En région sud, la guérilla s’étend. Un contributeur rapporte : « Il y a deux semaines, six personnes –certains étaient de simples fonctionnaires d’autres des cadres moyens du régime- ont été assassinés par la guérilla et leur voiture brûlée. Je t’épargne les détails les plus horribles… »

Quant à moi, eh bien, j’organise ma nouvelle vie, non sans mal, sans renoncer au combat. L’accueil de la diaspora éthiopienne m’a valu une mailbox de ministre, les jours derniers et tant d’adorables messages d’affection et d’encouragement qu’il n’en est pas question.

Je file dès lundi à Genève pour ma toute première opération de lobbying, ne vous inquiétez donc pas de mon silence. Des photos en ligne de Genève, Paris, Strasbourg et Bruxelles au Printemps sont tout à fait probables. Ferengix chez les Helvètes et Bécassine en Alsace sont les prochains épisodes annoncés.

Merci encore et restez branchés!

AF

Berhanu est emprisonné depuis plus de 64 jours, il n'est coupable "de rien" et inculpté de "que dalle", j'ignore si lui et ses camarades ont ou non cessé leur grève de la faim, entamée le 17 mars. Je le suppose et l'espère... parce que tout le monde s'en fout :-(

Voici la porte:




Par Nth - Publié dans : Addis (et ailleurs) au jour le jour
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"Basic" et amis

J'ai quitté l'Ethiopie le 24 mars et plutôt en vitesse... sous la pression intense du gouvernement, largement épaulé par une ambassade que je ne nomme toujours pas mais qui ne perd rien pour attendre ;-), pas la française évidemment.

Les visiteurs peuvent me joindre à l'adresse  : addisferenji@hotmail.fr

et continuer à signer notre pétition en français (petition : see English translation)



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